Quelles spécificités ont rendu le déploiement du SRAV particulièrement efficace dans les Deux-Sèvres ?
Ce qui fait notre force, c'est le collectif. Il y a une vraie histoire du vélo sur le département, qui avait déjà été initiée dans le temps scolaire par des personnels de l’Éducation nationale, notamment les conseillers pédagogiques en EPS. L'idée a été de créer un collectif qui rassemble tous les acteurs concernés. Aujourd'hui, ce collectif compte 16 partenaires : services de l'État, collectivités territoriales, associations sportives et l'association de prévention Maif.
Ce qui nous distingue, c'est notre stratégie : nous visons à former 100 % des élèves d'une classe d'âge, principalement les CM1-CM2, dans le temps scolaire, grâce au financement des intercommunalités. Autre élément clé : tous les acteurs - Éducation nationale, Jeunesse et Sport, Union sportive de l'enseignement du premier degré (USEP) - s’engagent pour un objectif commun de manière désintéressée, sans chercher à tirer la couverture à soi.
Une étape importante a été le recrutement de personnel dédié à l’animation et à la promotion du SRAV. En décembre 2021, le collectif a décidé d’embaucher un premier salarié à plein temps via le GESA 79, qui est un groupement d’employeurs. Un second a été recruté en septembre 2024 par l’USEP 79, qui porte aujourd’hui ces deux emplois fléchés. Ce choix a été une véritable prise de risque, mais il s’est révélé déterminant. Nous nous étions rendu compte que, sans personnes dédiées à plein temps, nous ne pourrions pas faire mieux : les membres du collectif ne pouvaient pas donner plus de leur temps. Il nous fallait donc un appui permanent sur la promotion du vélo et du SRAV.
Aujourd'hui, cinq communautés d'agglomération et communautés de communes sont engagées dans le SRAV. Comment en êtes-vous arrivés là ?
Avant la mise en place de Génération Vélo, la stratégie visait à déployer des enseignements auprès des enfants sur le temps périscolaire.
Au moment du lancement de Génération Vélo, nous avons revu cette stratégie. En effet, ce dispositif cofinance les projets issus des collectivités. Cela nous a poussés à démarcher les huit intercommunalités du département pour développer le SRAV sur le temps scolaire, ce qui nous permettait par ailleurs de toucher tous les enfants sans distinction.
La première collectivité à répondre favorablement a été la Communauté d'Agglomération du Niortais (CAN), qui dispose de moyens importants et mène une vraie politique en faveur des mobilités actives (lire notre article et notre reportage). La CAN a joué le rôle de locomotive et, par son exemple, a permis d’entraîner d’autres collectivités.
Nous avons également mis en place des expérimentations financées par des enveloppes budgétaires allouées par la Direction régionale à la Jeunesse, à l'Engagement et au Sport. Peu à peu, les acteurs ont trouvé le projet intéressant et se sont investis.
En quoi consistent les "semaines type" que vous avez mises en place ?
Les semaines type ont été élaborées par les conseillers pédagogiques en EPS pour faciliter le déploiement du SRAV dans le temps scolaire. Chaque école est profilée selon quatre niveaux, du profil 1 (école n'ayant jamais fait d'action vélo) au profil 4 (école avec un enseignant très investi dans le vélo). Nous proposons des emplois du temps adaptés à chaque profil, avec une durée d'intervention qui varie de 6 à 24 heures.
Ces semaines intègrent aussi des enseignements généraux, où le vélo est étudié en mathématiques ou en français. Nous avons également prévu un temps d'échange parents-enfants sur la sécurité à vélo, pour impliquer les familles et les inciter à réfléchir à leur mobilité. Ce volet plaît particulièrement aux élus.
Pour une collectivité, l'investissement représente environ 60 euros par enfant et par an (hors financement Génération Vélo), ce qui est très raisonnable compte tenu de l'impact sur toute la population.
Vous vous appuyez également sur une charte d’engagement. De quoi s'agit-il exactement ?
Les 16 partenaires du collectif s'engagent en début d'année scolaire à travers une convention d'objectifs et de moyens, signée avec Madame la directrice académique des services de l'Éducation nationale (DASEN) Ensuite, ils signent une charte départementale en préfecture pour officialiser leur engagement.
Cette approche pragmatique permet à chaque partenaire de s'engager individuellement sur ses propres objectifs et moyens alloués au développement du SRAV. Par exemple, un partenaire peut mettre à disposition des vélos, un autre une remorque pour faciliter le transport du matériel. Ainsi, chacun contribue selon ses possibilités.
Chaque collectivité s'engage à travers un vote en conseil communautaire, suivi de la signature de cette convention avec la Direction académique. Celle-ci détaille les objectifs précis, comme, par exemple, le déploiement du dispositif dans 100 % des écoles, ainsi que les moyens alloués. C'est un engagement fort qui traduit une véritable volonté politique.
Quels résultats observez-vous ?
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En quatre ans, nous sommes passés de 692 interventions à plus de 9 000. Le nombre de bénévoles formés pour accompagner les sorties sur route est passé de 245 à 406, avec un total de 2 491 bénévoles sur quatre ans. Quant aux éducateurs SRAV, leur nombre a été multiplié par quatre, passant de 11 à 44.
Les retours des intervenants sont très positifs : les enfants progressent rapidement pendant les semaines type, ce qui entraîne souvent des achats de vélos ou des sorties plus régulières en famille.
Les collectivités, elles, ont bien compris que notre volet pédagogique est le complément indispensable de leurs investissements en matière de plan vélo et de pistes cyclables. Nous travaillons en amont sur les futurs utilisateurs des aménagements qu'elles mettent en place.
Où en êtes-vous aujourd'hui dans le déploiement du SRAV sur le département ?
Cinq collectivités sont déjà engagées dans le dispositif. En janvier 2025, nous avons fait un point d'étape sur les collectivités déjà engagées, avec des résultats variables selon leur ancienneté dans le programme : 91 % pour la CAN (deuxième année), 59 % pour le Thouarsais, 27 % pour le Parthenay, 17 % pour le Mellois et 2 % pour le Bressuirais qui vient juste de s'engager.
Il nous reste encore trois collectivités à engager pour couvrir l'ensemble du département.
Quels sont les enjeux pour l'avenir ?
Toutes les collectivités reconnaissent les bénéfices du projet, qui touche à la santé des enfants, à l'économie, à l'écologie. Cependant, si le financement à hauteur de 50 % par Génération Vélo s'arrête après septembre 2025, certaines collectivités, particulièrement les moins riches, risquent de ne pas pouvoir continuer, malgré leur volonté.
Une expérimentation est actuellement menée dans le Mellois-en-Poitou, territoire en difficulté économique et démographique. Grâce à des fonds de l'Éducation nationale, complétés par Génération Vélo et l'Agence nationale du sport (ANS), nous pourrons atteindre 100 % de déploiement cette année. Mais la pérennisation reste incertaine sans ce soutien financier.
Cependant, notre ambition reste la même : former 100 % d’une classe d’âge d’ici 2027. Il reste du chemin, mais l’engagement des acteurs locaux et la dynamique en place sont des moteurs puissants pour y parvenir.
© Max Félix